Au moins dans deux armées (Terre et Air) les candidat(e)s à l’oral sont confronté(e)s à des sujets « flash ». Pour l’armée de Terre ce sujet intervient en cours de colle. Il s’agit d’apporter une réponse structurée à une question, avec une préparation d’environ 2 mn. Pour l’armée de l’Air, cette épreuve correspond à l’exercice de culture avec 5 mn de préparation et 10 mn de restitution.

Ayant été sollicité pour un avis sur cet exercice exigeant, et « sortant » de 3 jours de jury d’oral où nous avons fait « plancher » 23 candidats, je vous propose une solution possible au problème de gestion du temps et des idées, posé par l’épreuve.

Conseils pour aborder le sujet flash

Dans le cas de cet exercice, il faut être assez schématique et avoir un plan de secours « passe-partout ». Bien évidemment, si un plan subtil jaillit à la lecture du sujet, adoptez-le. Le plus souvent il faut « s’accrocher aux branches » ET CONSACRER LA PRÉPARATION AU FOND. Ici, le plan retenu  constitue une main courante naturelle, facile à suivre tant par le candidat que par le jury. De simples mots clefs permettent de se situer sans hésitation dans la phase de l’exposé. L’organisation analytique permet de ne pas « se prendre les pieds dans le tapis » et évite les redondances entre les différentes parties de la restitution. Il faut juste mettre des contre-points dans chaque partie (« C’est vrai ou c’est possible MÊME SI ».

Exemple traité

Voici, par exemple, un sujet flash proposé hier à un candidat et ma correction « à chaud » en fin de colle: « La France pourrait-elle s’engager davantage dans la crise libyenne ?« 

  1. Bien voir rapidement qu’il ne faut pas se limiter à l’aspect militaire et identifier 2 à 3 pistes d’engagement: militaire, diplomatique, économique;
  2. Comment se hiérarchisent ces possibilités (du moins, au plus possible): l’ordre ci-dessus est retenu;
  3. Une rapide accroche: « L’instabilité récurrente, le lutte contre l’EI, les migrants, la proximité géographique montrent la spécificité d’une crise à nos frontières maritimes. Face à ce défi, la France pourrait-elle… ? « 
  4. Une IM-PLAN: « Bien qu’obérées par la situation économique, les engagements en cours et les échéances électorales, les capacités de la  France lui permettraient de s’engager davantage, au prix de choix exigeants, dans la crise libyenne pour contribuer à la sécurisation de certains de ses intérêts vitaux. Les possibilités concernent les domaines, militaire, diplomatique et économique. »
  5. Un développement analytique progressif:
    1. « L’engagement militaire resterait possible au prix du désengagement d’un autre territoire. Il supposerait un mandat certainement difficile à obtenir après l’intervention à Bengazi et ses suites critiquées notamment par la Russie. De plus l’absence de consensus interne amènerait à « choisir un camp »… ou à se limiter à la sécurisation de zones (portuaires par exemple) sans réelle perspective perenne de stabilisation.
    2. L’engagement diplomatique est une voie incontournable qui suppose une volonté commune des acteurs influents dans la région. La France peut jouer un rôle, qu’elle avait déjà tenu en 2012, du fait de ses relations avec certains des frontaliers de la Libye: Algérie, Tunisie et Égypte notamment. La constitution d’une coalition politique intérieure libyenne, face à l’EI devrait être un objectif réaliste à soutenir.
    3. Mais c’est surtout l’appui économique permettant de faire renaître un tissu d’activité qui pourrait constituer un point d’application prioritaire de l’effort de la France. L’expérience africaine de la France, celle tirée des ACM et de l’intervention humanitaire (micro-crédits par exemple en Haïti) offrent une panoplie de moyens éprouvés et, semble-t-il, adaptés à la situation libyenne et à nos possibilités.« 
  6. Une conclusion-ouverture rapide: « Ces 3 voies ne sont pas exclusives l’une de l’autre et ne sont pas sans rappeler, à une autre échelle, la complexe recherche de solution à la crise syrienne. »

Voila ce que je peux vous conseiller, exemple à l’appui, pour ce type particulier d’interrogation. Il ne faut pas réfléchir longtemps mais essayer de plaquer un plan type sur le sujet en essayant de ne pas trop  détourner ce dernier. En regardant les sujets des années précédentes vous pouvez peut être trouver 2 ou 3 modèles génériques correspondant à des sujets différents. Celui proposé ci-dessus est assez flexible et s’adapte bien à des sujets comme: « Pourrait-il (elle) ? », « Que pensez-vous de…? »; « …est-elle…? »

L’un d’entre vous m’a interrogé sur cet exemple en constatant que je n’avais pas mis d’idée directrice à chaque partie. Si on se place dans le cadre « TERRE » (1 à 2 mn de préparation), il est illusoire de penser que l’on pourra faire des figures de style. Les annonces et enchaînements « viendront » naturellement en cours d’action  (ou ne viendront pas !) et seront nécessairement limités. Dans le modèle « AIR », j’ai tendance à penser que le cas est peu différent. Au mieux il faut envisager, comme en synthèse, une courte « phrase-titre », ainsi pour l’exemple traité: « Un engagement militaire limité et nécessairement hasardeux. » ; « Un engagement diplomatique incontournable mais des partenariats nécessaires » ; « Un soutien fondamental de la reprise d’activité à la mesure de la France ».

Si vous voyez mieux, n’hésitez pas à partager vos idées et expériences en me confiant vos réflexions !

Recommandations de forme

Évitez au maximum les enchaînements et annonces  « basiques » du genre: « Ceci termine ma première partie, voici ma seconde… »; « Je vais maintenant vous présenter ma conclusion » ; « Avant de vous présenter mon idée maîtresse, je vais définir les termes du sujet ».

De même, n’oubliez pas que si l’on retient une typologie des plans comme CERTES – CEPENDANT – MAIS SURTOUT ou THÈSE – ANTITHÈSE – SYNTHÈSE, il est particulièrement maladroit de commencer chaque partie par un de ces mot. C’est malheureusement très fréquent avec le premier cas donné en exemple (Certes…)

Pour finir par la beauté de notre langue malmenée par les acronymes et anglicismes voici une pépite: hier nous avons parlé lors d’une colle du syndrome post traumatique (PTS en anglais ou ESPT en français). Lisant ce matin un article sur ce sujet, j’ai découvert que ce syndrome avait été identifié lors des guerres napoléoniennes et qu’à cette époque on le décrivait comme « l’état de distraction des grands terrifiés ». Notre langue s’est-elle enrichie ou plutôt appauvrie en 2 siècles ?

 

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